La dystonie de fonction :
Un casse-tête pour le musicien !

La dystonie de fonction :
Un casse-tête pour le musicien !

Rééducation méthodique et rigoureuse

Objectifs

L’objectif est que le musicien retrouve l’ensemble de ses possibilités techniques ainsi que sa sonorité.
Il s’agit de reprogrammer un geste mécanique juste.

Le musicien devra accepter tout au long de sa rééducation accepter de ne pas jouer son répertoire
tel qu’il le jouait avec sa dystonie, sans quoi il risque de la nourrir.

Si le musicien est disposé à suivre cette rééducation dans ces conditions, elle sera moins longue.
Dans le cas contraire, sa rééducation sera plus lourde.

Des explications rigoureuses, comprises et intégrées par le musicien, permettent la reprogrammation d’un geste juste.

L’objectif premier est que le musicien n’utilise plus les compensations installées,
ce qui revient pour le musicien à observer, ressentir, et trouver un geste qui corresponde à la physiologie,
à l’anatomie fonctionnelle et aux exigences de la technique instrumentale.

Les exigences sont revues à la baisse et le perfectionnisme doit disparaître pour de nouveau laisser place au plaisir de jouer.

Prise en charge globale – premiers contacts

Il existe autant de dystonies que de musiciens dystoniques.

Certains schémas de dysfonctionnement sont aujourd’hui répertoriés, mais il ne s’agit en aucun cas d’appliquer des recettes au musicien.
Sa prise en charge est personnalisée et dépend fortement de son état psychologique au moment où il entreprend cette rééducation.

Le premier contact avec le patient est fondamental : il s’agit de lui expliquer clairement ce qu’est la dystonie,
de lui faire prendre du recul par rapport à l’historique de ses troubles et à l’évolution de sa pathologie.
Avant tout traitement, un bilan est dressé, et sert au rééducateur et au musicien à établir les lignes directrices du traitement.
Il met en évidence les « attitudes vicieuses » dont le musicien est conscient ou pas, et qu’il a installées volontairement ou pas.

Cette première phase est orientée sur l’observation et la correction de la posture globale en alternant les positions debout et assise.
L’utilisation du ressenti est nécessaire pour bien intégrer ces notions de biomécanique. Le miroir est le principal outil.

Il est important de préciser au musicien qu’il ne s’agit pas de retrouver ses capacités d’antan, mais d’installer une mécanique fiable.

Le musicien doit réaliser le plus tôt possible que le traitement peut être long.
Son implication est primordiale et la prise de responsabilité fondamentale.

Programme de travail

Il est conseillé de mettre en place avec le musicien un programme progressif, rigoureux, et attrayant.

Lors des premières séances, le musicien doit repartir avec des données concrètes,
des exercices avec l’instrument et sans l’instrument ainsi que d’une orthèse de travail.

Une orthèse de travail est proposée pour faciliter le travail de rééducation en bloquant les doigts
dans des combinaisons spécifiques à la dystonie spécifique du musicien concerné.

Les doigts non bloqués doivent être commandés avec une intention minimale pour réaliser un geste lent et doux.
L’orthèse permet au(x) doigt(s) bloqué(s) de faire ressentir au musicien la moindre touche de compensation.

La rééducation demande deux fois 30 minutes de travail quotidien avec orthèse,
ainsi qu’un temps sans orthèse, toujours à l’instrument.

Lorsque ces compensations n’apparaissent plus, le musicien peut se concentrer complètement sur le doigt dystonique.

Très souvent à ce moment là, le musicien révèle une problématique datant de ses débuts d’apprentissage.

3 éléments de rééducation

3 éléments de rééducation sont à aborder pour une rééducation / prévention optimale.

1 La posture globale autour de l’équilibre de la ceinture scapulaire

Le travail postural global est fondamental afin d’optimiser la décontraction complète de la région épaule – nuque – tête.

Cette indépendance, entre la liberté de la tête, l’utilisation des membres supérieurs et de la ceinture scapulaire,
est particulièrement nécessaire au fonctionnement physiologique du système « ventilation – embouchure ».

Il s’agit de rééquilibrer la posture globale, en remodelant en particulier la musculature de la ceinture scapulaire.
Chaque groupe musculaire retrouvera une cohérence fonctionnelle : relâchement des antagonistes, puis éducation des agonistes.
Une approche globale doit suivre l’approche analytique de cette musculation.

Les objectifs sont de redonner à ces zones « colonne vertébrale – ceinture scapulaire – tête », une fonction correcte,
ainsi qu’une utilisation de la ventilation optimale, ce que le musicien nomme la « colonne d’air ».
Tout le système musculaire laryngo-pharingé doit être libre et travaillé dans un équilibre parfait.

2 La respiration reprenant les règles de physiologie fonctionnelle

La respiration est l’autre chapitre important que le musicien doit éclaircir.

Si le musicien est spécialiste de la ventilation, il a probablement installé des habitudes fatigantes
et souvent néfastes à la physiologie respiratoire.

L’instrumentiste s’est focalisé sur cette fameuse respiration abdominale, primordiale et souvent mal interprétée.

Le travail sur la respiration a donc deux principaux objectifs :

– se rapprocher de la physiologie fonctionnelle adaptée à la technique instrumentale

– se servir de cette respiration pour favoriser chez le musicien détente et proprioception,
pour une prise de conscience de certains comportements.

3 Rééquilibrages en bout de chaine, le masque et les mains

L’équilibre du masque

Parallèlement à ces deux premières étapes, des données doivent être rétablies concernant l’équilibre du masque.
Le rééquilibrage musculaire et proprioceptif de la région oro-faciale est abordé (hors instrument).

Cette phase intervient rapidement.

Les objectifs principaux sont :

– La prise de conscience de l’ensemble de la musculature du masque facial.

– L’installation, dans la décontraction, d’un équilibre musculaire, d’un tonus adéquat
entre les muscles de fermeture et d’ouverture de la bouche, en dehors l’instrument.

– La diminution de la tension musculaire pharyngo-laryngée, en utilisant la voix chantée.

L’équilibre de la main

De même, parallèlement à ces deux premières étapes, des données doivent être rétablies concernant l’équilibre de la main.
Le rééquilibrage musculaire et proprioceptif du rapport  pouce / poignet / avant bras / épaule est fondamental.

Intégration des différentes données à l’instrument : le comportement du musicien.

Ces corrections posturales globales et locales sont réalisées à travers des exercices musicaux simples.

Le musicien doit accepter la rééducation du geste, en mettant au second plan ses exigences artistiques.

Ces corrections sont dans un premier temps de courte durée et réalisées sur des exercices musicaux simples.

Les directives sont répétées tout au long du traitement.

Un retour prématuré ou non progressif peut ralentir la rééducation.

Prévention

Il s’agit de reprogrammer une posture et un geste, en fonction des schémas physiologiques.
Par exemple, le violoniste se contente parfois d’un équilibre instable, qui lui convient.
Il s’agit d’analyser son schéma actuel et surtout de ne pas précipiter son changement d’attitude à l’instrument.
De vérifier de prime abord les deux ceintures pelvienne et scapulaire.

Rechercher également une économie et une efficacité du geste. La décontraction est à différencier de l’affaissement.
Un tonus minimum est à installer concernant les muscles posturaux afin d’éviter une moindre stabilité.
Stabilité et mobilité sont les deux garants de cette économie.

Par ailleurs, la psychologie cognitive et comportementale propose d’excellents outils de prévention.

Conclusion

La dystonie de fonction, difficile à décrire par les musiciens, est indolore et « autodestructrice ».
Souvent, le diagnostic est posé tardivement, imposant au musicien une remise en question psychologique lourde
en plus de cette atteinte motrice.

La rééducation est délicate parce qu’elle est longue. Elle est complexe car complète.
Elle demande au musicien une remise en question totale, aussi bien sur le plan physique que psychologique et mental.
La durée de la rééducation dépend fortement de la motivation du patient dans le temps. Les progrès sont exponentiels
et en « dent-de-scie », et les premiers mois sont les plus difficiles.
En fin de rééducation, le musicien peut en retirer une expérience unique.
Les musiciens nous reviennent de plus en plus en exprimant le sentiment d’avoir acquis une dimension nouvelle
dans leur technique musicale grâce à l’apport de cette véritable éducation physique.

Pour toutes ces raisons, la rééducation de la dystonie de fonction est très intéressante.

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