Comment s’adapter après un accident mineur mais handicapant sur une courte période ?

Comment s’adapter après un accident mineur mais handicapant sur une courte période ?

Je me baserai ici sur un exemple très concret, qui vient de m’arriver.

Situation :

Le 1er Mai, je me blesse accidentellement à l’index gauche avec un couteau.

La plaie n’a rien d’ « extraordinaire » mais, doutant de sa profondeur,
je me rends aux urgences où les médecins me confirment que quelques points de suture seront nécessaires.

J’insiste alors sur le fait que je suis pianiste et que je me trouve dans une période relativement chargée :
un week-end de répétitions les 3 et 4 mai, puis une semaine complète
quelques jours après suivie de quatre représentations commençant exactement 15 jours après la blessure.

Deux solutions :

. repos conseillé, annulation pure et simple des engagements pris.

. tentative d’adaptation afin de jouer malgré tout.

Le point important à évoquer ici, et qui conditionne cette réflexion est le suivant :

Si la blessure ne permet raisonnablement pas l’adaptation (risque d’aggravation et donc de complications),
le bon sens impose la première option. La plaie ne couvrant pas la totalité de la pulpe[1] du doigt,
le personnel médical ne voyait pas d’objection à ce que je tente de rejouer rapidement.

Organisation du travail :

. avis médical OK.

. partition adaptable car pas trop « digitale ».

. douleur, volonté de cicatrisation rapide (car d’autres échéances très importantes un mois après)
donc décision de chercher un arrangement sans index gauche.

Quelles précautions primordiales ?

Aussi anecdotique que cela puisse paraître (une petite plaie se trouvant dans l’une de nos extrémités),
il a fallu être attentif aux aspects physiologiques plus généraux :

En effet, un tout petit accident, ne serait-ce qu’une tout petite coupure peut provoquer
des pathologies trois mois, six mois, voire un an après. Tout cela dû aux compensations « inconscientes »
que nous imposons à notre corps, à nos membres pour nous accommoder d’une gêne plus ou moins importante.

C’est donc la conscience du confort physiologique qu’il faut avoir en tête
lorsque l’on organise un travail où rentre en jeu une contrainte physique de courte durée :

Nous ne voulons évidemment pas qu’une blessure minime et temporaire nous « rattrape »
plusieurs mois après sous forme de pathologies bien plus durables
(déséquilibre et douleur de la main, problèmes posturaux, tensions musculaires, etc…)

Adapter la partition, questions à se poser :  

Par chance, la main gauche utilisait beaucoup les octaves dans cette œuvre (index pas directement concerné).

Ce sont plutôt les intervalles plus petits qui demandaient une réflexion :

Comment éviter un écart trop important entre deux doigts ? (entre le 5e et le 4e par exemple).

Quel doigté utiliser quand il semblerait que l’index soit le doigt « idéal » ?

S’il y a tension, puis-je réduire les intervalles, supprimer quelques notes
sans pour autant dénaturer l’esprit musical ? Réduire certaines phrases à la seule main droite ?

Mieux vaut en effet chercher à répartir différemment, voire même supprimer certaines voix
d’un motif qui provoque un étirement trop important et douloureux.

Il serait en effet peu heureux de travailler à ancrer « consciencieusement » une position non-physiologique.

Etre attentif, à l’écoute de ses sensations physiques :

Même si l’on ne ressent pas de tensions sur le moment,
il est nécessaire de toujours vérifier que la position reste physiologiquement adaptée.

Je parle ici en tant que pianiste : mon corps penche-t-il du côté la main que j’observe ?

Ma position assise est-elle comme à l’habitude ? Sinon, quels changements puis-je constater ?

L’effort supplémentaire se traduit-il par des tensions musculaires dans le bras, l’épaule, la main ?

Puis-je faire en sorte de conserver une voûte tonique en toute circonstance ?
(cela peut être un bon critère pour le travail d’adaptation, qui évitera sans doute des compensations).

Ne pas oublier la main « valide » : conserve-t-elle la même tonicité que d’habitude ?

Les arrangements reportés vers cette main (réduction d’accords, motifs pris à la main droite, etc…) sont-ils bien installés ?

On sait en effet qu’un changement de doigté peut provoquer des changements
bien plus importants au niveau des sensations, de l’aisance.

Enfin, faire plus de pauses que d’habitude car la fatigue est plus grande.

Des exercices de préparation seront également importants (détente, tonus musculaire, tonicité de la main).

Naturellement, il faut accepter de moins jouer qu’à l’habitude…

C’est aussi l’occasion de faire un travail mental de lecture, d’anticipation, de projection.

Repensons aux mots du pianiste Aldo Ciccolini :

Assis confortablement, si la lecture de la partition est aisée, le musicien peut s’imaginer
en train de bien jouer et c’est cette visualisation-là qu’il faudra garder lorsqu’il sera de nouveau au piano.

En travaillant ainsi mentalement les partitions, je me suis même aperçu que certains problèmes techniques
étaient uniquement liés au fait que je n’avais pas vraiment imaginé tous les sons.[2]

Rester raisonnable et réaliste, être d’autant plus conscient des réalités physiologiques
que l’on s’impose des changements imprévus, aussi mineurs soient-ils,
voici résumés les conseils que je pourrais modestement donner à la suite de cette expérience.

Au-delà de la frustration et de l’anxiété, c’est finalement l’occasion de repenser
pour un temps notre façon de travailler, et pourquoi pas l’enrichir et l’affiner.


[1] La « pulpe » est la partie charnue du doigt qui entre en contact avec le clavier.

[2] Aldo Ciccolini dans Je suis un lirico spinto, entretiens avec Pascal Le Corre, ed.Van de Velde, coll.L’homme musicien, Paris, 2007.

Florent SIMON, musicien et pédagogue.

Synthèse d’un cours de Physiologie et Mouvement de Marc Papillon.

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